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Etre mis au parfum: Serge Lutens m’a parlé... (de Nuit de Cellophane)

9 Janvier 2009 , Rédigé par La journaliste Publié dans #BEAUTE

Bon, ce n’était pas la première fois alors bien sûr, j’étais sereine mais quand même, ce rendez-vous (bi-annuel pour les bonnes années) est toujours un grand moment. Je me demande toujours quelle poésie va encore pouvoir sortir de ce sourire énigmatique…

La dernière fois,  j’avais eu droit à du grand Lutens à travers quelques réponses magnifiques. Par exemple :

Quelle philosophie est la vôtre ?
A vrai dire, je n’ai pas de philosophie. L’idée d’en avoir une me ferait mourir de rire !
Comment vous définissez vous ?
Comme un homme qui ne se définit pas.

Une autre fois je lui ai demandé ce qu’était le luxe pour lui, ce a quoi il avait instantanément répondu : « C’est une colère esthétique ». Aaaaah !

Je vous l’avais dit…

 

Petit rappel historique et biographie avant de vous livrer les confidences du jour:


Figure excentrique des 50, il coiffe et maquille dans un style décalé et participe aux plus grands magazines de mode avec qui crée une nouvelle vision de la femme des années 60-70. Après avoir créé une ligne de maquillage pour Christian Dior en 1967, il se dirige vers la photographie, réalise des films et voyage.

En 1980 commence son histoire avec Shiseido. Il s’occuppe d’abord de l’image de la marque.  Son premier parfum baptisé « Nombre Noir » naît en 1982. Il continue à réaliser films d’art et photos (de A à Z, soit du maquillage à la prise de vue), et soutient l’image de la femme Lutens, une femme pâle, sophistiquée et énigmatique.
La création de « Féminité du Bois » en 91 pour Shiseido marque les esprits car elle symbolise l’origine d’une parfumerie nouvelle, boisée, loin des jus habituels de l’époque. Un an après, l’ouverture des Salons du Palais Royal Shiseido crée l’évènement. Cette approche du parfum jamais vue relie la fragrance à un univers total, où les cinq sens sont sollicités. C’est aussi le début de la parfumerie d’initiés signée Serge Lutens…

 

Nuit de Cellophane, son dernier bébé, m’a encore déroutée. Le nom m’a laissé penser à un jus un peu
plastique, ténébreux, crissant et grinçant assez moderne et mordant.
Le visuel m’avait fait changer d’avis. Je me suis imaginé un accord polaire, glacé et transparent, qui aurait pu être un triptyque chaotique mais doux.
Et pas du tout. C’est un osmanthus, magnifique, qui s'ouvre avec densité et épaisseur. Façonné de jasmin et de mandarine, il se déploie ensuite dans une grande langueur et caresse la peau d’un voile presque abricoté qui le rend d’ailleurs assez pop sur moi, pas loin d’un fruité rose.


Et pourtant, voici le mot du maître qui accompagne le flacon :

 Et la nuit se dévoile, découvre ses étoiles.

Les papillons du soir en lourd vol velouté dansent autour

des lanternes.

Les habitants de l’ombre, grillons et autres fous, tous en service

secret, envoient leurs S.O.S.

-« Mademoiselle, s’il vous plait ? Mettez tout cela sous cellophane! »

-« C’est pour offrir Monsieur ? »

-« Oui, à vous, tout simplement ».

 

 

Bref, même si je n’ai pas vu les insectes, ce fut l’occasion d’une discussion ouverte qu’il a alimenté d’un flot de poésie continue dans laquelle même ses silences étaient inspirés. Extraits.

 

« Tout sommet est un départ. Les parfums sont des accidents. Il y a des accidents heureux. »


« Les noms [de mes parfums NDLR] ne sont plus identitaires. Je veux soulever le mystère de chaque fleur. En le portant, révèle-t-on le mystère ? (silence). »

« Je ne fais rien. Les choses se font avec moi. »


«  Le but n’est pas d’être bien parfumé. Le but est identitaire. C’est comme un passeport. On ne voudrait pas ressembler à quelqu’un d’autre, être confondu. Etre confondu, quelle horreur ! (il rit). Moi un passeport qui permettrait de passer toutes les frontières ne m’intéresserait pas. Sinon, cela ne sert à rien. »


« C’est une question de reconnaissance. Séduire est une conséquence. Vouloir séduire est vulgaire. Mais séduire, c’est juste…être reconnu. Mais séduire, … c’est magnifique. »

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