Dans la série « je t’explique mon métier », il y a l’éternelle relance que de
jeunes (et inexpérimentées) stagiaires doivent se taper sans comprendre, la plupart du temps, les répercussions que cela peut avoir. Cela consiste à passer un milliard d’appels auprès d’un listing sans fin de journalistes à qui l’on a précédemment envoyé une info avec pour objectif, toujours, bien sûr, de
déclencher une parution.
Un milliard d’appels, soit un milliard de journalistes qui n’ont pas le temps, qui
détestent qu’on les appellent (sur leur portable) pour ça, et qui parfois sont aigris voir juste se la pètent et envoient bouler le pauvre stagiaire
qui n’a aucune idée de à qui il parle.
Mais sont ils si méchants les journalistes ou est-ce que, quand même, ces relances ne mériteraient-elles pas
légèrement l’accueil qu’elles reçoivent ?
Le problème ? La conversation s’engage souvent par un inarticulé et qu’on comprend à peine « Bonjour je suis machin du
bureau de presse schtrumptcom’ » (la faute aux dizaines de précédents coups de fils qui laissent la bouche sèche).
3 options pour la suite :
« Je voulais savoir si vous aviez bien reçu le communiqué de presse que nous
vous avons envoyé concernant le shampoing « La tête et Les pieds »
(Là généralement, si le journaliste voit de quoi on lui parle, c’est oui ou non sinon « Par courrier ou par
mail ?» ou « J’en sais rien pouvez-vous me renvoyer l’info ? » et la conversation s’écourte. Assez rare cependant vu la tonne astronomique d’info avec lesquelles on nous
bombarde chaque jour.)
OU
« Nous vous avons fait parvenir un dossier de presse concernant l’huile démaquillante au chocolat de chez
« Trop belle la beauté naturelle». Je voulais savoir si cette information
pouvait vous intéresser. »
(Là, la journaliste n’a généralement aucune idée de si elle l’a reçu,
sauf si elle s’en est déjà servi auquel cas elle trouve la question particulièrement stupide et répond sur un air agacé. Au mieux elle élude en mentant pour avoir la paix ("oui, je vois très
bien mais non, pas là, non..."), au pire elle engueule le stagiaire à qui, bien sûr, personne n’a dit que ladite journaliste venait de consacrer une page entière à l’info et était exemptée de
relance !!!) ooops !
ENFIN
« Je voulais savoir si vous aviez des sujets en cours en ce moment/des
sujets sur la pintade/ sur les faux cils/des sujets Noël etc… »
(Bon, là on se retient de dire « Non connasse, j’ai pas de sujets et ça me fait bien
chier car je suis pigiste et si je pouvais avoir un putain de dossier 3 doubles pages pour Elle sur le comblement des rides (ou même la pintade) ça me ferait bien plaisir, et oui je te le
passerais ton super produit que quand tu le mets, ben on voit même plus ta peau tellement il cache bien tout ! »
On répond calmement- car on sait que la stagiaire ne sait pas qui nous sommes, ni même
quels sont nos supports (CAD les magazines pour lesquels on bosse), ou encore qu’on s’est mis une mine la veille avec l’attachée de presse qu’elle assiste et qu’on connaît tout de ses budgets et
qu’on fait déjà le max pour les passer)- « Non, rien en ce moment sur ce thème, bon courage ! »
Ce qui est bête, c’est que, vraiment, parfois, les relances ont du bon. Car oui on avait
totalement oublié ce truc là, qui pourtant est canon m’enfin on peut pas non plus être partout, hein… Ou non on a rien reçu et c’est encore la voisine du dessus qui a pillé la boîte au lettre et
a gagné un mascara. Ou putain, on avait TOTALEMENT zappé cette invitation…
Malheureusement, c’est souvent là que le bas blesse, alors qu’une opportunité se
présente…
1° Le manque de réaction à l’autre bout du fil ne fait pas un pli : le dit stagiaire
ne se rends pas compte qu’une parution est en jeu et va dépendre de sa présence d’esprit et de sa réactivité. On met 5 bonnes minutes à confirmer que
oui, ça nous intéresse : Et ben, tu va me proposer une solution ou bien continuer à me débiner ton argu? Tu va me la renvoyer l’info et me faire porter rapido cette « crème au
parfum qui soigne la dépression grâce à des ingrédients secrets inspirés de l’ayurveda » que je la sente et tente de l’insérer dans mon shopping « Cette année, je dis non à la
dépression saisonnière ».
Devant un tel manque de présence d’esprit, parfois, la journaliste sympa se dit que, finalement, ce produit ne mérite pas qu’elle se
casse le c… à retarder la maquette et supplier sa chef de rubrique de l’insérer parce que, oui, oui, c’est INCONTOURNABLE, on ne PEUT PAS ne pas en parler… et répond au stagiaire :
« Non, en fait ça va être trop juste, laissez tomber… »
2° On sent le
stagiaire surexcité : « Quoi ? Hein ? Oui ? Ca vous intéresse ???- imaginer la voix qui monte dans les aigus, le
frétillement et l’émotion qui s’emparent de ce pauvre être, palpable à l’autre bout du fil) se précipitant sur un post it pour noter notre adresse mail.
(pourquoi mais POURQUOI ne l’a-t-il pas sous les yeux ? Mystère) et nous faire épeler notre nom. (Mais pourquoiiiii, POURQUOI bis, alors que c’est lui qui appelle, preuve s’il en est qu’il
ne sait pas qui il appelle.)
Même résultat : c’est quand même très agaçant et on soupire (« Non, pas Turieud, THOU-MIEUX, oui c’est ça, avec un H, oui,
et un X, oui, gmail, G-M-A-I-L (putain mais on rêve là, il ne connaît pas gmail ???)
3° On demande plus d’infos en live, et là, c’est pathétique (réel et vécu, comme le reste)
« Pouvez-vous m’en dire plus sur cet évènement ? »
« Oui, alors, ça se passe aux Tuileries, il y aura l’artiste Machin trop branché et… »
« Voui voui, mais c’est un gros lancement ou un rappel de gamme ? »
« … »
« Je veux dire, c’est juste une remise en avant des dernières nouveauté ou c’est une présentation de nouveautés ? »
« Heu, je vais me renseigner… [Marilyyyyyne !? Ya une journaliste qui veut savoir si c’est un lancement ou juste un
rappel ???]
Oui alors, c’est bien un lancement ! (air triomphant) »
« Et qu’est-ce qui est présenté ? »
« Heu ne quittez pas, je demande. (léger ton de vexation) [ Marilyyyne, ya encore la journaliste qui veut savoir ce qu’on
présente ? Je lui dis quoi ?]
-bruits de feuilles froissées, de téléphone qui tome et grognements…-
« Ouai, Anne ? Ouai, c’est Marilyne, ouai ca va, désolée hein, putain, chuis pas aidée… en ce moment c’est le bordel à
l’agence.. j’en peux plus… » Etc, etc…
Finalement, journalistes/attachées de presse, même combat ?
Bref, et pour faire court, ma recommandation stratégique sera la suivante :
Quand vous faites ou faites faire des relances (même à la nièce de la boss qui sort d’un BTS
compta à Villeneuve St Georges qu’on vous a imposée comme stagiaire), faites le bien !
Expliquez l’objectif, le listing, les moyens d’amadouer la journaliste hyène et surtout,
donnez des outils qui ne font pas passer vos stagiaires pour des crétins…
Car, tout de même, ils ne le sont pas tous, cela va de soi…