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Piège, le déjeuner de presse?

10 Février 2013 , Rédigé par La journaliste Publié dans #Analyses & RP

 

Je ne parle pas de Jean François Piège… dont je n’ai jamais, d’ailleurs, goûtée la cuisine bien que le restaurant dans le quel il officie et moi-même ayons le même nom ! Pourtant, nous sommes souvent, nous autre journalistes gâtés, invités dans des restaurants gastronomiques et avons la chance de déguster une cuisine raffinée dans des lieux qui ne le sont pas moins…

conseils déjeuner de presse organisationCar au pays de l’évènement presse, plusieurs familles co-existent. De la conférence classique (tout le monde au même endroit à la même heure), à la JPO (journée portes ouvertes) qui a le mérite d’offrir de la souplesse, en passant par un hybride des deux : la JPO avec sessions (assez relou au final : on n’arrive jamais à tenir son engagement) en passant par le petit déjeuner… avec pour finir le déjeuner de presse qui malgré des lieux prestigieux et beaucoup de bonne volonté, s’apparente parfois à une prise d’otages en bonne et due forme, du genre dont je vous parlais déjà ICI

 

Alors, le dèj presse, piège ou moment intéressant ?

En fait tout dépend de qui l’organise car plus le temps passe, plus on constate que les différences tiennent surtout à l’équipe RP, à comment ils ont organisé le truc, et surtout, briefé le personnel du resto. A mon sens, les seuls systématiquement capables de tenir leur promesse (faire court et efficace, sortir de table avant 15h…) est l’agence RPCA. Je bosse pas pour eux, hein, alors si ça leur fait de la pub, tant mieux, et sorry pour les autres, mais force est de constater que leurs dèj presse sont toujours tops, comprendre : shorts et dynamiques, en un mot, maîtrisés.

Oui, car par « top » il faut surtout comprendre : qui ne s’éternise pas. Si le lieu est étoilé, tant mieux, si le produit présenté est super, on est content, si les intervenants sont passionnants, on se réjouit, mais surtout, ce que la journaliste demande à un dèj’ presse c’est de ne pas la forcer à prendre un RTT pour y aller ! Car forcément, avec les rédactions hyper loin, les dej’ dans le centre de Paris et un service longuet qui peut parfois commencer APRES la présentation, autant vous dire qu’il arrive qu’à 14h on ne soit toujours pas passé au plat de résistance, et la ça sent le roussi pour pourvoir concilier fin de repas, retour dans un bureau au-delà du périf’ et aprem de travail effectif…

A mon sens c’est la raison pour laquelle tant de journalistes déclinent les invitations, malgré les tables prestigieuses : on n’est jamais assurée d’en sortir à une heure précise.

 

Les signes que le truc va patiner sont, en plus, assez vite repérables...

- La conférence précède le service 

A mon sens une volonté incompatible avec nos agendas. Les clients/les marques veulent que les journalistes soient tout ouïe quand ils parleront de leur dernière merveille d’innovation, certes. Souci ? Ils ne se rendent pas compte qu’après les 30 minutes traditionnelles d’attente des retardataires (dont je fais souvent partie, j’avoue, PUISQU’on sait que ça commencera pas à l’heure CQFD ) poliment appelées « prise de contact », la journaliste qui voit que les entrées attendront la fin du speech pour être servies, sera saisie par la peur/l’agacement/l’abattement et n’aura pas vraiment une oreille plus attentive que si elle mangeait en même temps…. Au mieux on la retrouve en train de pianoter sur son mobile en attendant que ça se passe… pire !

 

- Le service est lent 

Là, les entrées ont bien été servies, mais vraisemblablement les cuisines semblent galérer pour pouvoir servir 30 couverts d’un seul coup… entre l’entrée et le plat un 10 anges passent…l'ennui ou le stress se propagent, l’esprit déconnecte…

 

- La présentation dure 

Encore une fois, on peut comprendre que vu l’investissement que représente un tel évènement, on soit tenté d’en profiter pour faire passer un max d’infos. Mais attention, précisément car on mange en même temps ou car on sait qu’on va manger, et qu’en plus on est avec les copines (quand le placement est libre sans quoi c'est encore pire), ce n’est peut être pas le meilleur moment pour un gros lancement car le temps de parole sera nécessairement compté. 

Evidemment, en parlant d’investissement, on le sait, pour la marque, un dej haut de gamme permet d’espérer de nombreux retours presse sur le dit produit. Car les journalistes n’ignorent pas la règle tacite qui implique que, comme tout avantage, cadeau et autres invitations, l’ accepter c’est à priori aussi accepter de jouer le jeu par la suite et essayer de parler du produit. Ce n’est évidemment pas une obligation, et un lancement peut être un flop, mais de fait, comme dans la vie, accepter un truc rend toujours un peu redevable, même si c’est un ressenti purement psychologique, il existe… et parfois c’est le seul levier des RP pour avoir des retours, surtout quand le produit est difficile, je vous en reparlerai bientôt #teasing ;-)

 conference-de-presse-dejeuner-presse.jpg   

Autre chose qui peut freiner le rythme : une sortie cafouillante 

Les attachées de presse se pressent pour gérer les journalistes pressées, cherchent les sacs, les vestiaires, les taxis, la panique s’empare du resto, la sortie est sur-chargée, et entre la fin d’une conversation et des au revoirs qui s’éternisent, les aiguilles tournent…

Mais alors, point d’avenir pour le déjeuner de presse ? Bien sûr que si ! Car à côté de ces écueils, quand le choix des journalistes est pertinent, que le timing est maîtrisé (incluant des menaces un brief précis aux cuisines) et, pointe de luxe, qu’on peut avoir des taxis pour rentrer bosser, alors le dèj’ peut être un moment détendu, convivial, où socialiser va un peu plus loin jusqu’au copinage parfois, permettant de jolies rencontres, où justement on prend le temps par rapport aux conférences où l’on ne fait que se croiser… C'est le moment idéal pour briser la glace et pour les équipes RP, de voir en face des journalistes qu'elles n'arrivent pas à rencontrer.

 

C’est pour ça qu’il est si désolant de voir les départs anticipés -et à regret- des journalistes avant le (délicieux) dessert, voir parfois même carrément pendant le plat qu’elles n’ont pas le temps de déguster. C’est généralement très mauvais signe car quand l’une se lève, une seconde fini souvent par l’imiter et les sorties se succèdent alors plongeant les attachées de presse dans un effroi teinté de stress (« Putain, aleeerte, elles se cassent toutes !!! ») et laissant celles qui ont du temps ce jour là, finir leur café seules à tables avec la chef de produit qui ne comprend pas toujours le pourquoi-comment de cette évaporation subite des convives.

 

Autre info à noter : pour certaines, le dèj presse est tout simplement un piège car, admettons-le, pas besoin d’être au restaurant pour découvrir une nouveauté. Elles ne se reconnaissent donc pas dans ce genre de grand-messe, agacées par ces moulinets sociaux, où les journalistes discutent par petits groupes où la bise est de mise mais le mélange pas toujours. Car oui le déjeuner de presse est aussi un moment de représentation sociale (rendez-vous compte : seules les plus importantes sont invitées, il est donc bon de s’y montrer !). Sauf qu’en fait les « importantes » ont parfois d’autres chats à fouetter et c’est finalement quand pigistes côtoient certaines chefs de rubriques un poil snobinardes que c’est le plus drôle -si toutefois on ne se prend pas soi-même au sérieux. Et c’est vrai que l’esprit de clan peut être agressant pour qui n’est pas un animal social mais ne demande qu’à trouver des infos pour un prochain article.

organiser-dejeuner-de-presse-invitation.jpg

Alors oui, le déjeuner de presse offre la possibilité d’un moment particulier et qualitatif à tous points de vue, l’occasion pour la marque qui invite de montrer sa générosité et de faire plus ample connaissance avec les journalistes (un membre de l’équipe par table, c’est d’usage !) mais à condition de fouetter les cuistots en amont ! Pour ma part, même si je suis souvent exaspérée ou dubitative quand l’organisation pédale dans la semoule (ou la choucroute, selon l’adresse) et que je me demande « Comment peut on encore laisser un évènement se ramasser comme ça de nos jours, alors qu’on connaît toutes les ficelles et les failles potentielles ???», je me sens quand même extrêmement chanceuse d’être conviée à des tables que je n’aurais jamais fréquentées sinon. Merci donc à toutes les marques, agences et attachées de presse qui organisent pour nous ces moments d’exception… en espérant avoir de moins en moins souvent à partir avant le dessert ! 

 

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